LE TRAVAIL EN EQUIPE ENTRE INDIVIDUALITE ET SYNERGIE EN DEMOCRATIE
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Si le travail est une activité sociale et mobilise, comme dit Dagognet, «la Cité laborieuse », alors on
doit reconnaître que l’homme a toujours travaillé en équipe.Toutefois, la division du travail introduite
par le capitalisme au XVIIIe siècle avec Smith a engendré une forme de travail en équipe qui produit
une synergie de production de biens et de services, mais pas une synergie d’épanouissement des
acteurs. Cet état de choses persiste encore aujourd’hui car le capitalisme est le système économique
qui soutient les régimes démocratiques.On se retrouve donc face à un double paradoxe. D'abord, le
régime démocratique dont le projet est de tendre vers la justice sociale repose sur une politique
économique dont les fondements sont l’accumulation du capital, la maximisation du profit, les
techniques d’optimisation fiscale (les plus grosses entreprises ne payent pas l’impôt au motif que la
maison-mère n’est pas sur le territoire du pays où elles réalisent d’importants bénéfices) et de
réduction du coût du travail (par l’importation de la main-d’œuvre, la délocalisation des unités de
production, l’érosion du code du travail). En même temps, la modernité dont la démocratie se présente
comme la plus aboutie des œuvres a entretenu l’idée d’après laquelle le surcroît du travail engendrera
la croissance dont les fruits seront répartis entre tous les hommes. Les changements climatiques sont
venus ruiner le deuxième pilier de la modernité : la croissance ne peut être indéfinie et les
conséquences de la transformation de la nature en objet économique sont maintenant bien visibles. Ce
sont donc les fondements de la modernité (progrès continu par le travail et justice sociale par la
démocratie) qu’il faut repenser, afin que le travail en équipe ne serve plus, comme cela est le cas
depuis Smith, à l’épanouissement de quelques-uns mais à la survie collective, celle de notre maison
commune et de nous tous.C’est ce que nous essayons de montrer dans le présent texte, à partir des
quatre moments que nous distinguons dans les mutations historiques du travail.
