les rapports sociaux de sexe sont-ils sensibles à la migration des femmes ?
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Les femmes pauvres, migrant dans la perspective de meilleures conditions de vie et d’opportunités économiques et sociales, pour elles et leur famille, peuvent nous permettre de mieux décrire les effets structurels de la mondialisation, en particulier sur les dynamiques identitaires et les relations sociales. Les rapports sociaux de sexe, notamment, en tant que forces dynamiques, transversales, productrices d’antagonismes, matériel et symbolique, sur lesquels repose l’économie des sociétés et qui organisent l’ordre des sexes, sont susceptibles d’être brouillés par cette mobilité spatiale des femmes. Après avoir énoncer que penser le sexe et le genre comme des entités distinctes ne suffit pas, qu’il faudrait en quelque sorte répudier cette distinction, pour reprendre la formule de Laqueur (1992) afin de poser d’emblée la question du pouvoir comme intrinsèque aux rapports sociaux de sexe, nous présentons une très brève synthèse d’études expérimentales qui attestent de l’opérativité d’un système social et cognitif asymétrique attribuant aux hommes le statut de référent cognitif universel et constituant la catégorisation de sexe en marqueur identitaire majeur pour les femmes. Dans un second temps, nous examinons en quoi la mobilité spatiale des femmes peut perturber le statu quo social et psychologique entre les sexes. Les effets des mobilités et des migrations des femmes sur l’ordre des sexes sont subtils et non univoques. On observe des situations qui favorisent un maintien du statu quo, au prix, par ailleurs, d’une détérioration de la qualité de vie des femmes migrantes, voire une accentuation des inégalités et un accroissement de la domination masculine. Cela est particulièrement le cas des femmes, mères transnationales, qui occupent des emplois non qualifiés, dont les activités sont invisibilisées et perçues comme relevant naturellement du « genre féminin ». D’autres situations semblent placer les femmes en « gagnantes de la migration ». D’une part, elles ont de nouvelles opportunités d’accès à des ressources économiques et sociales. D’autre part, avec les rapatriements d’une partie de leurs salaires, elles procèdent aussi à des rapatriements sociaux (transfert d’idées, de connaissances, de modes de vie et de comportements…) et sont ainsi susceptibles de faire progresser l’égalité entre les sexes. Cependant, le constat est alors que ce gain s’obtient non par l’affrontement mais s’appuie sur des réseaux de solidarité et s’accompagne de stratégies de compromis qui ménagent le statut social des hommes. Comme le souligne Morokvasic (2010), la question de l’impact de la migration des femmes sur les rapports sociaux de sexe reste un défi pour la recherche. Nous sommes au début des interrogations.
