Analyse de l’impact de la hausse des prix des produits alimentaires sur les conditions de vie des ménages et des enfants au Bénin
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VIATIQUE
Abstract
Les économies du monde, en particulier celles des pays en développement (PED) sont durement éprouvées par la hausse brutale des prix alimentaires sur le marché international. Si les PED ont montré une résilience en période de COVID-19, ils ne sont pas pour autant à l’abri des tensions inflationnistes induites par la reprise post-confinement et exacerbées par la guerre en Ukraine. Les prix alimentaires mondiaux ont enregistré des flambées brutales comme celles observées en 2007-08 puis en 2010-11, et les hausses sont susceptibles de persister, car les conditions qui les ont créées ne sont pas encore enrayées et pourraient bien s’aggraver. L’objectif de la présente étude réalisée de juin à décembre 2022 est d’analyser les effets de l’augmentation des prix des produits alimentaires sur les ménages et les enfants au Bénin. Le rapport met particulièrement l’accent sur la portée des chocs de prix et ses conséquences sur la vulnérabilité économique, le bien-être des ménages ainsi que les stratégies d’adaptation ou d’atténuation développées par les ménages.
Les données mobilisées proviennent à la fois de la base issue de l’enquête portant Analyse Globale de la Vulnérabilité et de la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (AGVSAN) réalisée en 2022 et de l’enquête complémentaire auprès des ménages organisée dans le cadre de la présente étude. La démarche méthodologique utilisée combine différentes approches quantitatives qui vont des statistiques croisées à l’estimation d’un modèle économétrique permettant de mesurer l’effet du choc de prix. Ainsi, la portée du choc de prix a été analysée à l’aide d’indicateurs de statistiques descriptives sur la base des déclarations faites par les ménages (fréquences, tests de comparaison, croissement d’indicateurs avec la sévérité du choc). Enfin, l’analyse de l’impact du choc des prix sur les différents indicateurs de bien-être (dépenses de consommation alimentaire et non alimentaire) a été faite à travers l’estimation d’un modèle probit ordonné.
Les résultats montrent globalement que le choc des prix touche une proportion importante de ménages au Bénin. En effet, 93 % des ménages déclarent avoir été exposés à un choc de prix au cours des mois suivant la hausse des prix des denrées alimentaires contre 34 % avant la hausse. Mieux, 40,1 % et 49,5 % assurent respectivement être « sévèrement » et « très sévèrement » touchés par la flambée des prix alimentaires contre seulement 1,5 % de ménages qui déclarent n’avoir « pas du tout sévèrement » été touchés. La désagrégation des ménages suivant leur niveau de vulnérabilité économique permet de constater que les ménages affichant une vulnérabilité économique élevée sont les plus exposés au choc de prix (88,36%) alors que les ménages économiquement non vulnérables sont les moins exposés (82,62%). De plus, l’exposition au choc est positivement corrélée avec le nombre d’enfants dans le ménage notamment en milieu urbain. Les analyses économétriques confirment l’effet négatif du choc de prix sur les dépenses alimentaires des ménages et la corrélation positive entre le nombre d’enfants et les dépenses de consommation du ménage.
Les ménages, en réponse à la hausse des prix des denrées alimentaires, développent des stratégies d’adaptation ou d’atténuation. Elles consistent pour les uns, à baisser les dépenses alimentaires et, pour les autres, à désépargner, à réduire les dépenses essentielles d’éducation et de santé, à emprunter ou encore à vendre les actifs productifs et non productifs. Très peu de ménages ont déclaré avoir retiré leurs enfants de l’école ou avoir recours à l’aide auprès des proches ou de la famille comme mesure d’atténuation face au choc alimentaire. Les stratégies sont diversement et pour la plupart significativement pertinentes selon le milieu de résidence. A l’exception de l’emprunt, toutes les stratégies sont plus adoptées en milieu rural que dans les zones urbaines. En particulier, le recours à l’aide auprès des proches ou de la famille apparait comme une stratégie plus usitée, notamment en milieu rural, suggérant des impacts psychologiques liés à la flambée des prix. Les résultats indiquent cependant que ces stratégies ne sont pas à la portée d’un grand nombre.
L’absence de mécanismes appropriés de gestion des tensions inflationnistes fortes pourrait nuire aux pauvres et causer des dommages irréversibles au plan de la santé humaine en raison de la malnutrition qu’elles occasionnent, en particulier chez les enfants. En effet, la hausse excessive des prix et sans rapport avec les fondamentaux de l’offre et de la demande sur le marché national, est susceptible d’anéantir les efforts des gouvernants visant à assurer un développement inclusif. Il urge de travailler à la mise en place de solutions durables qui permettent d’anticiper et de gérer efficacement de pareilles crises inflationnistes dont les origines sont importées. L’amélioration de l’efficacité des dispositifs institutionnels sur le plan national doivent être une option sérieuse à envisager surtout à moyen-long terme.
Pour mieux orienter les interventions, l’emphase doit être focalisée sur la mise en place d’un dispositif national qui requiert un ciblage efficace des ménages les plus vulnérables en capitalisant et en renforçant d’une part, les acquis en matière d’identification et de ciblage des pauvres et d’autre part, des interventions de mitigation adéquates des risques. Ainsi, le Registre Social Unique (RSU), bien qu’il ne soit pas encore finalisé et fonctionnel, constitue dans sa version actuelle une avancée et son processus de finalisation et d’extension aux chocs climatiques acté doit être accéléré par le gouvernement pour une couverture plus efficace et large des chocs.
La mise en place des programmes de filets sociaux (transfert monétaire par exemple, subvention des produits de base) surtout orientés dans une approche de dispositifs de protection sociale adaptative élargie à l’accès aux infrastructures de base, au soutien aux dépenses d’éducation et de santé aux ménages, doit être davantage privilégiée pour mieux protéger les populations contre les chocs liés à l’alimentation. Dans cette perspective, le gouvernement pourrait réorienter en partie ces ressources dans la subvention des produits alimentaires consommés par les pauvres et vulnérables.
Les actions à moyen-long terme doivent privilégier les options qui permettent d’accroître l’autosuffisance et d’assurer la sécurité alimentaire des ménages. Pour ce faire :
- les dispositifs qui permettent de constituer des réserves nationales stratégiques doivent être pensés et mis en place ;
- les mécanismes pouvant favoriser la hausse de la production agricole nécessaire pour prévenir des déficits lors des prochaines saisons qui pourraient s’ajouter à la hausse des prix locaux doivent être institués.
