LE CORPS-RHETEUR : DE TERRE D’ÉBENE A MISERE DE LA KABYLIE
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Même si auparavant l’une servit de tremplin à l’autre, il est communément
admis que depuis la fin du XIXème siècle, littérature et journalisme sont deux
modes bien autonomes de figuration du réel. Toutefois, ces deux macro-scènes
partagent encore des motifs comme la part du politique dans la gestion des
corps, question dont Michel Foucault s’est préoccupé dès les années l970. Si, a
priori, on pourrait en douter, il se révèle de manière irréductible qu’à l’instar
de la littérature, le périodique aussi examine le corps sous des angles
plurivoques. C’est ce qu’offrent à voir Terre d’Ébène et Misère de la Kabylie,
deux enquêtes-reportages respectivement publiés par Albert Londres en 1929
et Albert Camus en 1939. Les deux récits factuels, à teneur testimoniale,
mettent en évidence une dense saisie du corps qui se mue en rhéteur, en
produit sémiotique dans cet univers impérial que fut l’Afrique coloniale. Cette
étude ambitionne de montrer qu’au-delà de la topographie, de l’écriture et du
discours du corps globalement dysphorique qu’ils charrient, ces deux grands
reportages de Londres et Camus, empreints d’une sorte de réalisme critique,
participent d’une esthétique de la dénonciation à ancrage pragmaticoargumentatif.
