LA GRATUITÉ DE LA CÉSARIENNE A L’HÔPITAL DE ZONE D’ABOMEYCALAVI (BÉNIN) : ENTRE NORMES ET PRATIQUES SOCIALES
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Depuis la fin des années 1980, les systèmes de santé en Afrique reposent sur le
paiement direct des soins, une orientation politique dérivée de l’initiative de Bamako.
Associée au faible pouvoir financier des populations, cette stratégie constitue une barrière
pour l’accès aux soins de qualité pour la majorité des acteurs et reste un déterminant majeur
des décès maternels. Pour y faire face, le gouvernement béninois a adopté, à partir de 2008,
l’exonération des frais pour la césarienne. Mais, dans sa mise en oeuvre, cette mesure est
marquée par un important écart entre les normes et les pratiques sociales. La présente
recherche vise analyser le contexte de ladite mesure, de même que les perceptions et stratégies
des acteurs impliqués dans sa mise en oeuvre à l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi. La
démarche méthodologique est de type qualitatif et compréhensif. Au moyen d’entretiens
approfondis et d’observations réalisés in situ, elle a permis de collecter des informations
auprès d’acteurs de différents profils (destinataires du programme de gratuité et acteurs
institutionnels) au cours du second semestre 2016. De façon concrète, la mesure de la
gratuité de la césarienne s’est traduite par une amélioration quantitative de la fréquentation
des services de consultation prénatale. Elle suppose pour les femmes enceintes la couverture
intégrale des charges financières. Ainsi, la déception apparaît dès lors que celles-ci se trouvent
confrontées aux dépenses dont elles croyaient être dispensées. En effet, la pénurie d’intrants,
les retards dans le remboursement des frais par l’État et les mauvaises conditions de travail
contraindraient les professionnels de la santé à délivrer des ordonnances. Révélateurs de la
gestion peu transparente qui entoure l’offre, les frais de médicaments et de transport par
ambulance constituent un enjeu financier autour duquel se développent diverses logiques. Ils
justifient l’engouement de tous les hôpitaux à s’inscrire sur la liste des centres accrédités.
