Analyse de la performance des chaînes de valeur miel au Bénin
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FAO
Abstract
Face aux problèmes récurrents de l’insécurité alimentaire et de la pauvreté, l’accès au marché à
travers des chaînes de valeur pro-pauvres est devenu un axe de politique majeur dans les pays en
développement. Au Bénin, l’apiculture, pratiquée sous diverses formes, est une opportunité de
diversification et d’amélioration des revenus des populations rurales. Pour capitaliser le potentiel de
cette activité, la présente étude a été initiée et porte sur l’analyse des chaînes de valeur du miel au
Bénin et la faisabilité de l’apiculture dans d’autres régions du pays, notamment dans les mangroves du
site RAMSAR 1017. La méthodologie de travail comporte une recherche documentaire, pour la collecte
des données secondaires, ainsi qu’une enquête auprès des acteurs des chaînes de valeur, d’octobre à
novembre 2016. La compilation des données et les traitements ont porté principalement sur l’analyse de
la consommation du miel, la cartographie des chaînes de valeur, l’analyse de leur performance financière
et de leur compétitivité et les structures de gouvernance en leur sein. L’analyse de la consommation du
miel montre qu’il existe un potentiel de marché important pour ce produit au Bénin. Toutefois, des efforts
sont nécessaires pour la satisfaction des consommateurs sur les attributs «qualité», «disponibilité facile»,
«réputation de l’origine du produit» et «notoriété du produit». Sur la base des principales opérations de
production du miel, des flux physiques des miels commercialisés et de leurs débouchés, cinq chaînes de
valeur du miel au Bénin ont été analysées: (i) la chaîne de valeur « miel pour les fabricants de produits à
base du miel », (ii) la chaîne de valeur « miel de chasse pour le marché local », (iii) la chaîne de valeur
« miel mille-fleurs pour le marché local », (iv) la chaîne de valeur « miel mille-fleurs » de vente directe
des producteurs aux consommateurs locaux et (v) la chaîne de valeur « miel de chasse » de vente
directe des producteurs aux consommateurs locaux. Les catégories d’agents qui animent les chaînes
de valeur du miel sont: les fournisseurs de services et matériels apicoles, les producteurs de miel, les
collecteurs-conditionneurs, les grossistes, les semi-grossistes, les détaillants, et les consommateurs.
L’analyse de la performance montre que toutes les chaînes de valeur sont rentables sur le plan financier,
avec une valeur ajoutée totale comprise entre 1298 et 3154 FCFA par litre de miel. Elles sont également
rentables sur le plan économique avec un Coût en Ressources Intérieures (CRI) de 0,008-0,286. Ainsi, la
production du miel est profitable pour les acteurs des chaînes de valeur et pour la nation toute entière. La
chaîne de valeur « miel mille-fleurs pour le marché local » est celle qui crée le plus de valeurs ajoutées.
L’analyse économique indique que le Bénin possède un avantage comparatif dans la production du
miel. La cueillette de miel, bien que rentable, affecte la conservation des forêts. En ce qui concerne
la gouvernance, l’utilisation des réseaux constitue le principal mode de transfert du produit. L’étude
de faisabilité indique que les zones de mangroves du site RAMSAR 1017 offrent un environnement
propice à la pratique de l’apiculture. Cependant, certaines dispositions sont requises pour y promouvoir
cette activité de manière durable: formation et suivi des apiculteurs et formation des artisans locaux
sur les techniques de fabrication des matériels apicoles. Le développement des chaînes de valeur du
miel peut favoriser la conversion des cueilleurs de miel en apiculteurs, la formation des apiculteurs et le
financement des acteurs de ces chaînes de valeur. La mise en place d’une plateforme d’innovation multiacteurs
facilitera la promotion des chaînes de valeur du miel.
Mots clés: chaînes de valeur, apiculture, miel, analyse financière, compétitivité, Bénin.
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La réduction de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire dans les pays en développement restent
des préoccupations majeures pour les décideurs. Au Bénin, les évaluations récentes ont montré
une progression de la pauvreté alors que l’insécurité alimentaire reste significative dans plusieurs
régions du pays (WFP, 2014).
Depuis quelques décennies, l’accès au marché, notamment pour les habitants ruraux, est vu comme
un modèle efficace de développement et de lutte contre la pauvreté (World Bank, 2008). En effet,
des exemples ont montré que l’accès au marché permet d’accroître les revenus des producteurs
ruraux (Barrett, 2008; Devaux et al., 2009; Kaganzi et al., 2009; Olomola, 2010; Le Courtois et
al., 2011). Or, l’amélioration des revenus permet aux ménages ruraux d’accéder aux ressources
alimentaires et de sortir de la trappe de l’insécurité alimentaire (EuropeAid, 2011).
La chaîne de valeur est promue comme une stratégie d’accès au marché par de nombreux
organismes gouvernementaux et privés ainsi que par les agences de développement. Elle permet
d’aider les petits producteurs ruraux et les autres acteurs des systèmes agricoles (Altenburg, 2006;
ONUDI, 2011; Sohinto et Aïna, 2011). En effet, l’un des avantages du modèle de la chaîne de valeur
est la compétitivité systémique selon laquelle tous les acteurs peuvent tirer profit d’une amélioration
de la performance de la chaîne (Kaplinsky et Morris, 2002). Ainsi, le développement des chaînes de
valeur est une approche prometteuse pour lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire.
Le développement des chaînes de valeur se fait en deux étapes: (i) l’analyse des chaînes de valeur
et (ii) la promotion desdites chaînes (ONUDI, 2011). L’analyse permet d’obtenir une vue d’ensemble
de la chaîne de valeur, ainsi que des possibilités et contraintes relatives à son développement
(Agbahey et Arinloye, 2009). Les données issues de l’analyse sont ensuite utilisées pour prendre
des décisions de politique. Celles-ci visent à déterminer si des interventions dans le développement
de la chaîne peuvent être poursuivies, et dans quelle mesure elles doivent l’être.
La présente étude porte sur l’apiculture, une activité de grand intérêt aux plans économique et
environnemental. L’apiculture constitue une source importante de revenus et d’emplois pour de
nombreux producteurs en Afrique au Sud du Sahara (Carroll et Kinsella, 2013; Iritie et al., 2014) et
contribue à réduire la pression humaine sur les forêts. Elle entretient aussi des colonies d’agents
pollinisateurs, utiles à la flore et aux cultures agricoles (Paterson, 2008; Champetier et al., 2012;
Yédomonhan et al., 2012) .
Au Bénin, l’apiculture est une activité génératrice de revenus (Yédomonhan et al., 2009; Paraïso,
2015). Elle génère divers produits tels que le miel, la cire, le pollen, la propolis, la gelée royale, le
venin d’abeilles, etc. dont l’utilisation aussi bien en alimentation qu’en thérapeutique est établie. Les
utilisations variées de ces produits par l’homme assurent un bon marché et représentent un revenu
d’appoint pour l’apiculteur (Iritie et al., 2014). En dépit de ses potentialités économiques et des
services écosystémiques qu’offre l’apiculture, elle bénéficie de peu d’attention dans les stratégies et
politiques de développement rural (Paraïso et al., 2012).
Pour orienter la prise de décision, une analyse des chaînes de valeur du miel est utile pour éclairer les
INTRODUCTION
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interventions relatives à leur promotion. La prise en compte des résultats par les décideurs pourrait
contribuer à améliorer la performance de ces chaînes de valeur, avec des retombées positives pour
l’ensemble des acteurs concernés.
La présente étude vise à analyser les chaînes de valeur du miel, caractériser les marchés existant
pour les produits de la ruche au Bénin et explorer la faisabilité de l’apiculture dans des régions où elle
est encore absente, notamment les mangroves. Elle analyse la structure des coûts et la rentabilité le
long des chaînes de valeur du miel, la performance globale et la compétitivité de ces chaînes. Elle
débouche également sur une proposition de stratégies pour la promotion du miel au Bénin.
