Etude du marché de lapin au Bénin
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FAO
Abstract
Le lapin est un petit animal dont la viande entre de plus en plus dans les habitudes alimentaires des
Béninois. Son élevage relativement facile constitue une niche d’auto-emploi pour les jeunes et les
femmes. Cependant, la cuniculture est très peu prise en compte dans les politiques agricoles nationales,
probablement à cause du fait que les décideurs politiques manquent d’informations sur les potentialités
de la cuniculture. La présente étude vise à fournir des informations sur le marché, la filière et les chaînes
de valeurs cunicoles au Bénin. Elle a été réalisée dans toutes les régions du Bénin; et ceci, en plusieurs
étapes complémentaires, allant de la préparation de la collecte des données à la validation du rapport en
passant notamment par les enquêtes exploratoires, les enquêtes quantitatives/approfondies et l’analyse
des données. Au total, 133 acteurs ont été interviewés dont 64 producteurs de lapins, 11 commerçants,
23 transformateurs et restaurateurs et 35 consommateurs de lapin. A ceux-ci, il convient d’ajouter cinq
organisations de producteurs, deux Organisations Non Gouvernementales (ONG) et une trentaine de
personnes ressources. Des analyses effectuées à l’aide de divers outils (outils d’analyse descriptive, de
rentabilité et d’évaluation de la compétitivité), il se dégage les résultats suivants.
La filière cunicole est dominée essentiellement par des hommes aussi bien au niveau des
promoteurs des élevages de lapin qu’au niveau des commerçants et des transformateurs de lapin.
Les deux tiers des cuniculteurs ont, au minimum, le niveau secondaire de l’enseignement général. Ce
fort niveau d’éducation est un atout non seulement pour la vulgarisation des technologies et pratiques
d’amélioration de la production cunicole mais aussi pour la professionnalisation du secteur. Plus de 40
% des commerçants et des transformateurs disposent aussi d’élevages cunicoles qui constituent leurs
premières sources d’approvisionnement en lapin.
Les producteurs appartiennent à des associations ou coopératives de producteurs dans 35 %
des cas, avec la valeur la plus élevée notée dans l’Atlantique/Littoral et dans le Mono/Couffo (soit 50 %).
Le Borgou/Alibori ne compte pratiquement pas d’association de producteurs de lapin.
Les cuniculteurs ont leur site d’élevage de lapin à domicile dans 90 % des cas. Les souches
élevées sont essentiellement métissées, avec des croisements anarchiques et des taux de consanguinité
relativement élevé. Le cheptel est constitué en moyenne de 14 reproductrices, 52 sous-mères et 44
lapins en engraissement. L’approvisionnement en reproducteurs se fait de diverses manières: achat au
niveau des élevages existants, subvention/dons faits par des projets et ONG.
La production d’un kilogramme de carcasse de lapin coûte en moyenne 1 908 FCFA. Le coût total
de production le plus élevé est observé dans le Borgou/Alibori avec 2 084 FCFA/kg de carcasse de lapin.
L’alimentation représente 64 % des consommations intermédiaires de production du lapin. L’Ouémé/
Plateau affiche la valeur la plus élevée, avec l’alimentation qui fait près de 71 % des consommations
intermédiaires. La forte proportion des coûts d’alimentation dans les coûts totaux de production indique
que la réduction du coût de production du lapin, et donc l’amélioration de sa rentabilité, passe par la
réduction des coûts d’alimentation.
La valeur ajoutée est, en moyenne, de 1 472 FCFA/kg tandis que le profit est de 774 FCFA/kg.
Ceci indique que la production de lapin génère des gains financiers au cuniculteur. Ceci rejoint aussi la
perception des acteurs interviewés. Ces derniers justifient cela par le fait que l’activité leur permet de
satisfaire les besoins de leur ménage et, surtout, d’investir dans l’achat de parcelles et de moyens de
déplacement. Pour l’ensemble de l’échantillon, une dépense de 100 FCFA effectuée dans l’élevage du
lapin fait gagner 29 FCFA comme profit net. La cuniculture représente plus de 50 % des revenus annuels
de 18 % des cuniculteurs interviewés. Cette activité apporte une contribution de 25 à 50 % des revenus
de plus de 32 % des interviewés.
RÉSUMÉ
x
L’Atlantique/Littoral est la plus forte région de production de lapin au Bénin avec 30 % environ
de la production nationale. L’Ouémé/Plateau vient en seconde position avec 27 %, suivi du Zou/Collines
(23%), du Mono/Couffo (13 %) et de la région septentrionale (7 %). L’offre nationale de viande de lapin
était estimée à 1 934 tonnes environ en 2015.
Le commerce de lapin et la transformation de sa viande apportent des profits positifs pour ceux
qui s’adonnent à l’activité. La rentabilité du commerce du lapin s’est améliorée surtout dans l’Ouémé/
Plateau; ce qui explique le fait que les acteurs vont à des dizaines de kilomètres de leur lieu de résidence
pour chercher leur produit. Ceci est aussi un signe que la demande du produit a connu une certaine
augmentation. La rentabilité de la transformation du lapin pourrait expliquer l’écart élevé constaté entre
la demande et à l’offre.
Au plan marché, les cuniculteurs vendent le lapin soit vif (31 % des cas), soit sous forme de
carcasse (69 % des cas). La demande en viande de lapin existe et ne serait satisfaite qu’à 50 %. Les
périodes des fêtes connaissent souvent des demandes assez fortes. La clientèle des cuniculteurs est
constituée en majorité des restaurants (79 % des cas), des particuliers et/ou ménages (82 % des cas), et
des commerçants (39 % des cas). Le prix moyen du lapin d’élevage a connu une hausse de 41 % entre
2011 et 2015, passant de 2 050 FCFA/kg en moyenne à 2 890 FCFA/kg. Le lapin d’élevage se vend à
un prix élevé dans l’Ouémé/Plateau que dans les autres régions. Cela peut s’expliquer par la demande
qui est plus forte dans ces localités comparativement aux autres. Comparé au lapin congelé importé, le
lapin d’élevage est relativement plus cher. En effet, le lapin congelé importé arrive au Bénin à 776 FCFA/
kg environ alors que le lapin d’élevage est déjà à 1 908 FCFA/kg comme de production à la sortie de la
ferme.
La valeur ajoutée de la commercialisation du lapin est de 275 FCFA/kg de carcasse de lapin
commercialisée et le profit est de 73 FCFA/kg. Un investissement de 100 FCFA dans la commercialisation
du lapin génère un revenu plus que proportionnel, soit 122 FCFA. Un investissement de 100 FCFA dans
la transformation du lapin génère un profit de 91 FCFA.
Les consommateurs estiment que le lapin produit localement est de très bonne qualité avec un
très bon goût. Ces consommateurs de viande de lapin sont constitués essentiellement de fonctionnaires
en activité (50 % des cas) et de particuliers à revenus modestes. Le prix relativement élevé de vente
de la viande de lapin fait que sa consommation est quelque peu modeste par rapport aux habitudes
alimentaires des Béninois. Cependant, sa demande est croissante compte tenu du fait qu’elle est de plus
en plus prisée par les Béninois au revenu modeste en quête de diversification alimentaire et de limitation
de la consommation du cholestérol.
Deux chaînes de valeur ont été identifiées, à savoir la chaîne de valeur de la « viande de lapin
transformée » et la chaîne de valeur de la « viande de lapin fraîche ». Dans la chaîne de valeur de la
« viande de lapin transformée », les transformateurs gagnent plus qu’ils n’investissent dans cette CVA.
Dans la CVA « viande de lapin fraîche », c’est les producteurs qui gagnent plus qu’ils n’investissent. Les
deux CVA sont toutes rentables mais la chaîne de valeur de la « viande de lapin transformée » semble
être la plus intéressante et plus compétitive.
La production de la viande de lapin n’est pas compétitive dans les régions méridionales du pays
mais le devient au fur et à mesure qu’on s’éloigne de Cotonou. De même, la commercialisation et la
transformation rendent les chaînes de valeurs du lapin plus compétitives. Autrement dit, la transformation
et la commercialisation constituent les maillons clés sur lesquels on doit mettre l’accent pour améliorer la
compétitivité de la cuniculture et booster sa contribution à l’économie nationale.
Les principales contraintes au développement de la cuniculture au Bénin sont la cherté et la qualité
parfois douteuse des aliments granulés disponibles sur le marché, la faible performance des souches
actuellement élevées, l’insuffisance d’organisation des acteurs, l’insuffisance de professionnalisme au
niveau de plusieurs acteurs de la filière cunicole, l’insuffisance/manque de formation/recyclage des
cuniculteurs, le taux de mortalité élevé, l’insuffisance dans le contrôle de la qualité (des viandes, des
aliments cunicoles notamment) dans la filière, le faible engagement de l’Etat dans la promotion de la
filière et l’insuffisance d’accès au crédit.
