LE PARRAINAGE ELECTORAL EN AFRIQUE : CAS DU BENIN ET DU SENEGAL
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Le parrainage est une formalité juridique destinée, en principe, à filtrer des candidatures à une élection. A peine instauré, le parrainage électoral s’est avéré être un enjeu politique majeur lors des dernières élections présidentielles organisées (en Afrique entre 2019 et 2021). L’étude s’est alors proposée de répondre à la question de savoir comment instaurer une rationalité électorale efficace, au moyen du parrainage, sans remettre en cause la démocratie libérale voulue par les peuples africains.
Dans un premier temps, l’article fait une analyse du parrainage appréhendé dans sa posture d’instrument juridique de rationalité électorale. En droit béninois et sénégalais, le parrainage a un ancrage aussi bien dans les Constitutions que dans les lois électorales. On y tire l’essentiel des règles fondatrices d’un régime juridique du parrainage en cours de maturation et qui font corps avec les normes fixant les conditions substantielles de recevabilité et de validité des candidatures. Son expérimentation dans ces deux Etats a clairement montré que cet outil ne manque pas d’intérêt au double plan politique et opérationnel. Certes, le parrainage électoral s’est évéré un outil de rationalisation dans l’organisation matérielle des scrutins, mais il n’a pas que des vertus. Il comporte des inconvénients et peut devenir un vice pour la démocratie, surtout s’il restreint la participation sur le fondement des considérations politiques. Bien que légal, le parrainage reste partout faillible et chaque élection en montre les limites objectives ou intentionnellement érigées.
La seconde partie de l’article révèle une instrumentalisation du parrainage lors de l’organisation des élections présidentielles de 2019 au Sénégal et de 2021 au Bénin. Plusieurs candidats de l’opposition ont été écartés de l’élection présidentielle sénégalaise de 2019 et béninoise de 2021 par le jeu de parrainage. Alors que l’Etats du Sénégal a adopté le parrainage citoyen, le Bénin a marqué une préférence pour le parrainage des élus dont les modalités d’application ont par la suite facilité des exclusions de candidatures. Mais, à l’application, le parrainage politique instauré au Bénin a induit fondamentalement le même effet que le parrainage citoyen au Sénégal.
Le choix d’un mode de parrainage par les gouvernants n’est jamais totalement neutre. A chaque type de parrainage, et selon les modalités d’application déclinées, s’attachent des objectifs et des impacts politiques recherchés. Les diverses expériences passées ou en cours en Afrique et dans le monde montrent, à suffisance, qu’il n’existe pas un système de parrainage électoral sans connotations ou intérêts politiques sous-jacents, source d’instrumentalisations diverses dans le seul but de restreindre le droit actif et passif de suffrage. Quel que soit le mode adopté, le parrainage recèle des limites incontestables qui impactent négativement sur les principes démocratiques et la qualité de la démocratie électorale. Il obère notamment le principe de libre accès des citoyens aux fonctions électives et limite la liberté de choix de l’électeur. Le seul fait de restreindre la participation politique est contraire à l’esprit de la démocratie et limite les possibilités de renouvellement des dirigeants d’un pays. Ce faisant, le parrainage produit un effet anti-démocratique lorsqu’il se présente comme un moyen d’exclusion intentionnellement élaboré.
Au final, la réflexion a permis de mettre en évidence le fait que le parrainage n’est pas contestable dans son principe et dans sa finalité rationnelle. Il importe alors d’engager des réflexions et des concertations politiques afin de le rendre inclusif et non d’en faire un moyen de plus pour se débarrasser de la concurrence politique. A défaut de supprimer le parrainage électoral, il est nécessaire d’y apporter des corrections de sorte à rendre inclusifs les systèmes béninois et sénégalais. Dans le contexte africain d’aujourd’hui, les parrainages mixtes paraissent plus inclusifs et moins crisogènes. Au niveau supranational, il est souhaitable que les Etats africains se dotent de normes communautaires de convergence électorale sur la question spécifique du parrainage afin d’endiguer l’oppression des sujets actifs et passifs du droit électoral en Afrique
