Le passé colonial au féminin dans Le mal de peau de Monique Ilboudo
Abstract
Historiens du présent, les romanciers n’en tissent pas moins des liens avec le passé colonial. Le mal de peau, roman de Monique llboudo, est de ceux qui effectuent un retour sur ce passé que pendant longtemps, les littératures africaines ont eu comme imaginaire commun. Mais ce qu’il importe de savoir, c’est la manière dont la romancière tente d’écrire des pages d’histoire en reconsidérant les enjeux de la rencontre entre l’Afrique et l’Occident. Dans ce roman, c’est la part discrète que prend la femme dans l’histoire qui est mise en évidence. À travers des destins conjugués de femmes, se constitue une interprétation de l’histoire coloniale, et des personnages féminins figurent comme des actrices officieuses d’une histoire officielle. Mais la romancière évite de ressasser l’éternelle dialectique, accusation – culpabilisation. Ainsi, même si la rencontre entre l’Occident et l’Afrique constitue un drame figuré par le viol d’une femme africaine par un agresseur blanc, l’histoire n’est pas seulement vue à travers ce drame. Et l’univers romanesque apparaît, du coup, comme l’exploration du malheur d’être femme avec ou sans la colonisation. Le véritable drame réside dans le sentiment de béance que suggère la métaphore du retour impossible vers l’Afrique. L’œuvre romanesque peut ainsi être appréhendée comme un fondement possible de la connaissance d’une dimension individuelle de l’histoire collective. En tant que telle, elle reconstitue l’événement historique d’un point de vue féminin avec des agencements qui rapprochent le récit de la fable ou de l’allégorie. Pour donner à lire une analyse qui révèle des contours insoupçonnés de la pensée de l’auteure, il nous a paru utile de convoquer aussi bien la psychocritique de Charles Mauron que la sociocritique du point de vue de Pierre Barbéris.
