Le mythe d’Aziza ou la naissance de la musique et de la chanson chez les Fon et les Goun du Bénin
Abstract
Cet article explore les différentes facettes du mythe d’Aziza, le génie de la forêt qui, en sortant d’une termitière, aurait initié des chasseurs à l’art de la musique et de la chanson et qui, désormais, s’incarne dans chaque artiste de la chanson au point de devenir, dans la conscience populaire, l’Inspiration personnifiée. Partant des sources orales, parfois consignées dans des écrits de recherche historique, l’article aboutit d’abord à l’existence d’un personnage historique, Messan Abori Adjadja, qui pourrait appartenir à un groupe de pygmées qui auraient traversé la région lors de leur migration du Nord vers le sud de l’Afrique et que l’on retrouve aujourd’hui dans les forêts de l’Afrique équatoriale. Les essais d’interprétation du mythe forgé autour de ce personnage font d’abord d’Aziza (qui semble être une déformation d’Adjadja) le dieu de tous les arts, surtout de l’art de la musique et de la chanson. Puis dans la conscience populaire, l’artiste lui est assimilé parce qu’il serait possédé par cette divinité pendant ses prestations artistiques. C’est pourquoi Aziza est considéré comme la divinité de l’Inspiration qui pénètre dans le corps de tout artiste par le sommet du crâne (représenté par le symbole de la termitière qui est sa demeure) et lui inspire tous ses actes au point de le rendre irresponsable devant la communauté des idées et actes qu’il viendrait à poser au cours de ses prestations artistiques.
L’article fait ensuite une analyse ethnomusicologique de la chanson d’Aziza Nuboɖe, la première chanson de mémoire d’homme que le dieu initiateur aurait enseignée aux chasseurs dans la forêt, en en faisant une transcription linguistique et musicale. Il tire de cette analyse les fondements du rythme aksak populaire de base et de l’échelle pentatonique qui caractérisent la production musicale des peuples Fɔn et Gun du Bénin.
L’interprétation du mythe d’Aziza par une équipe de chercheurs de plusieurs disciplines pourrait encore révéler des richesses insoupçonnées car, comme tout mythe, il est le fondement de plusieurs comportements et croyances populaires qui vont au-delà de sa dimension ethnomusicologique.
