ENFANT DE SOI, ENFANT DE L’AUTRE AU SUD-BENIN : REGARD SOCIOANTHROPOLOGIQUE SUR L’INFIDÉLITÉ EXTRACONJUGALE OU AVATAR D’UNE SECONDARITÉ EN INTÉGRATION
Abstract
La constitution de la descendance, à l’instar du bananier, fait partie des
paramètres ontologiques de la vie de nombreuses sociétés sud-béninoises.
Comme inconditionnalité, elle y règle les conduites individuelles et collectives
faisant des incertitudes initiales de l’infidélité extraconjugale des certitudes
socialement construites. Toutefois, alors que les statistiques disponibles dans
la littérature des pays développés sur les infidélités féminine et masculine sont
imprécises et relativement contradictoires dans leurs estimations, peut-être à
cause du secret qui entoure sa manifestation, l’information sur l’infidélité
extraconjugale dans les pays en développement comme le Bénin fait
parfaitement défaut. Pourtant, phénomène à la fois tabou et courant,
l’infidélité extraconjugale existe dans ces derniers comme des éléments de vie,
des mécanismes de transformation sociale de l’irréversibilité crainte (stérilité
du couple, par exemple) en réversibilité aménagée (fécondité du ménage
restaurée, gestion des adultères, …). Outil spécifique de la perpétuation de la
lignée, elle suscite du coup des réversibilités comme artifices dans des sociétés
qui utilisent l’être humain pour l’humain dans la perspective de pallier
l’isolement du manque dû à la stérilité du couple (irréversibilité potentielle).
Basée sur les informations socio anthropologiques disponibles sur l’évolution
passée et actuelle des moeurs conjugales ou matrimoniales qui gèrent
l’infidélité extraconjugale, cette étude – une première qui a couvert 320
personnes dans tout le sud-Bénin – montre un élément de rupture pérenne
au sein de l’une des plus vieilles institutions normalement garantes de la
morale et de l’éthique : la famille. Elle montre comment l’infidélité
extraconjugale est parfois suscitée et promue par la collectivité pour sa
durabilité, son existence spatiotemporelle. Elle pointe enfin comment la
désorganisation des structures familiales traditionnelles comme rupture peut
aussi entraîner des discontinuités et des drames sociaux qui sont des
irréversibilités locales effectives. Elles constituent alors un fort potentiel
d’incertitudes déstabilisatrices des harmonies initiales (trajectoires
individuelles perturbées, plurielles, contradictoires voire conflictuelles,
risques et épreuves complexes socialement distribués et inégalement mérités).
Deux illustrations tirées d’une étude anthropologique exploratoire qualitative
sur les moeurs et pratiques matrimoniales et conjugales au sud-Bénin,
montrent ainsi quelques jeux et enjeux de l’infidélité extraconjugale comme
nid d’incertitudes, d’impondérables et de régulations pour l’être en défaut
d’être.
