La démocratie et son besoin de pathologie,
Abstract
Les bouleversements majeurs, intervenus dans le monde à la fin des
années 1980, ont donné l’illusion que l’humanité assistait à la fin de
l’histoire et que le dernier homme serait le démocrate libéral. Selon les
prévisions de la pensée libérale, la réduction de la démocratie à une forme
institutionnelle et procédurale serait à même de garantir la stabilité
sociopolitique dans les États-nations, et de satisfaire les attentes des peuples.
La récurrence des crises, tant à l’intérieur des États-Nations qu’entre les
États, semble remettre en cause cette prétention de la pensée libérale, et
donne même l’impression d’assister à un modèle démocratique anémié par
des maladies persistantes qui risquent de l’achever. On peut néanmoins se
demander si ces pathologies, qui semblent compromettre dangereusement
l’existence des démocraties actuelles, ne sont pas le prix qu’elles doivent
payer pour espérer vivre, et rester le système dominant à l’échelle planétaire.
En d’autres termes, toutes les démocraties n’ont-elles pas constamment
besoin d’adversaires ou d’ennemis qui, tout en leur infligeant des maux,
participent paradoxalement de leur survie et/ou renforcement ? Le présent
article tente de répondre à cette question en postulant que la survie de la
démocratie réside à la fois dans son besoin permanent d’adversité et son
fonctionnement selon la logique de destruction créatrice. Procédant selon
l’approche analytique et critique, il s’agit de montrer que la démocratie
actuelle ne peut vivre sans maladies, puisqu’elle est une lutte permanente.
Et, en l’absence de rivales sérieuses, elle semble se résigner à sécréter ellemême
des pathologies qui la poussent à la vigilance constante, si elle veut
continuer à être le système dominant.
