Audit et analyse du syndicalisme au Bénin
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Fondation Friedrich Ebert
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Le Bénin, longtemps cité comme modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest francophone, a une longue et riche expérience syndicale. En effet, depuis les moments de balbutiement syndical de la période coloniale jusqu’à l’éclosion démocratique, en passant par le temps de l’embrigadement monolithique sous la révolution marxiste-léniniste, les syndicats ont toujours été au cœur de luttes tantôt politiques, tantôt corporatistes ou les deux à la fois. Aujourd’hui, le paysage syndical est marqué par un pluralisme et une omniprésence dans la plupart des secteurs publics d’activité. L’audit et l’analyse réalisées ici, à partir d’un diagnostic établi avec différents acteurs (travailleurs, responsables syndicaux, autorités politico-administratives, etc.) tentent d’apprécier les forces, faiblesses, opportunités et menaces du syndicalisme à travers quatre angles d’attaque : i) le cadre normatif et la structuration, ii) la gouvernance syndicale, iii) l’administration quotidienne des syndicats, et iii) leurs stratégies d’engagement.
Le cadre juridique est assez fourni grâce à l’existence d’un arsenal de textes de lois qui garantissent les libertés et l’exercice d’activités syndicales au Bénin. Cette force est quelque peu affaiblie par les pratiques des gouvernants qui tentent par tous les moyens de limiter les droits syndicaux. Le récent vote de la nouvelle loi qui encadre l’exercice du droit de grève constitue à cet égard une menace qui a le potentiel, de conduire à terme, à une désyndicalisation des travailleurs. Avec près de 600 syndicats de base (dont la moitié est du secteur de l’éducation) et sept centrales syndicales, la vitalité du syndicalisme béninois n’est pourtant pas à démontrer. Des insuffisances existent certes, quant à leur manque de vision ou d’idéologie et sur leur fonctionnement interne ; mais ils demeurent au côté de l’Etat-employeur et du patronat, les partenaires appelés à représenter les travailleurs au sein des cadres formels de négociation, notamment le Conseil National du Dialogue Social (CNDS) et ses démembrements sectoriels.
Le diagnostic de la gouvernance et l’administration des syndicats révèle une absence de démocratie à l’interne ainsi que le manque de légitimité de la plupart des responsables syndicaux pour représenter les travailleurs. En conséquence, la participation des militants aux activités syndicales est faible et l’engagement syndical est de plus en plus considéré comme un risque en raison des menaces virtuelles ou réelles dont ils peuvent faire l’objet. Cette faible participation aux activités syndicales contraste cependant avec les nombreuses sollicitations individuellement soumises au syndicat par les travailleurs. Ainsi, la force des syndicats dépend de plus en plus de leur capacité à régler les problèmes individuels. Dans le même temps, les syndicats éprouvent d’énormes difficultés pour mobiliser des ressources nécessaires au financement de leurs activités. En l’absence de cotisations suffisantes, l’essentiel des ressources financières provient de la répartition de la subvention de 200 millions FCFA octroyée annuellement par le Gouvernement et géré par le Comité de Gestion des Fonds des Syndicats (COGEFOS). Un appui financier non négligeable provient aussi des partenaires et organisations internationales.
Quant aux stratégies d’engagement des syndicats, les forces et atouts principaux identifiés sont l’existence d’initiatives de formation, la sollicitation de plus en plus croissante de travailleurs et la disponibilité des partenaires et structures capables de fournir un appui technique et financier. Il revient aux syndicalistes de tirer parti des forces et opportunités de l’action syndicale afin de transcender les faiblesses liées à l’insuffisante implication des femmes, des jeunes et des travailleurs handicapés et à leur capacité d’action d’une part, et pour atténuer les perceptions et influences négatives sur leur organisation d’autre part.
