POTENT IEL D'EXPANSION DES ÉCHANGES COMMERCIAUX ENTRE LES PAYS D'AFRIQUE DE L 'OUEST
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Ce rapport a pour objectif d’étudier la structure des exportations des pays francophones
d’Afrique de l’Ouest (PFAO), afin d’en identifier les déterminants et de donner un aperçu du
potentiel d’expansion de leurs échanges commerciaux.
L’intégration régionale est un accélérateur de croissance inclusive et de prospérité pour les
pays africains. En effet, une plus grande intégration des économies africaines permettrait à
celles-ci d’élargir leurs marchés, de profiter d’économies d’échelle, d’augmenter leur force
concurrentielle dans l’économie mondiale et de réduire leur dépendance à l’égard des
partenaires commerciaux traditionnels. Dans cette perspective, l’objectif d’une Afrique
pleinement intégrée est largement partagé par les pays africains et par les institutions
régionales depuis les années 1960. Cela s’est traduit, dans les années 1990, par la création de
plusieurs communautés économiques régionales et par la mise en place de différents accords
commerciaux en vue de promouvoir le commerce et l’intégration régionale. Plus récemment,
sous l’impulsion de l’Union africaine, les pays africains se sont majoritairement engagés dans
la mise en place d’une zone de libre-échange continentale.
Malgré cette volonté politique de longue date, le niveau d’intégration économique des pays
africains demeure insatisfaisant. En effet, d’importants blocages structurels empêchent
encore la mise en oeuvre pleine et entière des accords commerciaux signés entre les États
africains dans le cadre des Communautés économiques régionales (CER). Il en résulte que les
échanges commerciaux entre pays africains, notamment francophones, demeurent limités,
même dans un contexte où plusieurs pays ont connu une croissance rapide de leur économie.
Entre 2000 et 2015, les échanges commerciaux entre pays francophones représentaient en
moyenne seulement 6 % de leur production intérieure de cette période, soit un niveau
équivalent à celui de l’Afrique dans son ensemble. Sans une intensification réelle des
échanges entre pays africains, les Communautés économiques régionales de l’Union africaine
ne pourront pas jouer le rôle qui leur est assigné : contribuer à l’émergence d’une Afrique
économiquement prospère et mieux intégrée dans l’économie mondiale. Il apparaît donc
vital, pour les pays africains en général et pour les pays francophones d’Afrique en
particulier, de travailler à dégager les goulots d’étranglement qui entravent leur marche vers
une intégration régionale réussie.
Dans ce rapport, nous effectuons dans un premier temps une analyse agrégée fondée sur un
modèle de gravité et qui a pour objectif d’identifier les déterminants du commerce intraafricain.
Par exemple, nous essayons de déterminer si le partage de la langue française
favorise les échanges entre pays africains. Ensuite, nous effectuons une analyse désagrégée
de l’espace des produits, afin d’identifier les niches d’avantages comparatifs et les produits à
développer en vue d’accroître les échanges commerciaux entre les pays francophones
d’Afrique de l’Ouest. En effet, une stimulation aveugle de la production basée sur ces niches ne suffira pas pour augmenter les échanges entre ces pays. Pour y arriver, les productions
nationales doivent être stimulées dans les secteurs où une demande existe chez les
partenaires potentiels.
L’analyse des faits stylisés confirme le caractère extrêmement extraverti du commerce des
pays francophones d’Afrique de l’Ouest comme celui des autres pays africains. Leur
commerce est dominé par l’exportation de produits de base (hors combustibles) et
l’importation de produits manufacturés. Cependant, bien que faible, le commerce régional est
relativement plus équilibré en produits de base hors combustibles, en combustibles et en
produits manufacturés. Par ailleurs, cette analyse révèle très clairement que plusieurs
facteurs nuisent au commerce régional en Afrique (francophone et non francophone),
notamment le niveau encore trop élevé des droits de douane sur les importations régionales,
le manque de diversification ou la similitude des produits exportés et l’instabilité politique.
De l’analyse agrégée, il ressort que les facteurs géographiques, le partage de la langue
française et l’utilisation d’une monnaie commune sont des déterminants essentiels du
commerce bilatéral en Afrique. Plus précisément, le commerce entre deux pays d’Afrique est
d’autant plus faible qu’ils sont éloignés l’un de l’autre ou qu’ils sont enclavés. En revanche,
deux pays frontaliers ou deux pays francophones commercent beaucoup plus entre eux
qu’avec les autres. L’effet de la langue française est positif et significatif en général, et est
encore plus important pour les pays francophones d’Afrique de l’Ouest.
Quant à l’analyse de l’espace des produits, elle révèle que le nombre de produits pour lesquels
les pays francophones ont un avantage comparatif révélé (ACR) est assez hétérogène. Il en va
de même pour les produits pour lesquels les pays ont une demande d’importation exprimée
(DIE). On constate aussi une diversité pour ce qui est du niveau de concentration de ces
produits exportés par les pays. Par ailleurs, les importations des pays francophones d’Afrique
de l’Ouest sont constituées de matières transformées et sont beaucoup plus diversifiées que
leurs exportations, qui comportent principalement des matières brutes.
Afin d’augmenter leurs échanges commerciaux, les pays francophones d’Afrique de l’Ouest
devraient adopter des politiques de diversification de leur production qui entraîneraient une
augmentation de la proportion de produits transformés. Cela leur permettrait d’avoir des
productions complémentaires et donc, d’améliorer la qualité de leurs échanges
commerciaux. D’autre part, les pays africains, qu’ils soient francophones ou non, doivent
travailler en permanence à la stabilité politique et au maintien de la paix. Les tarifs douaniers
encore trop élevés sur les importations régionales devraient être considérablement réduits,
voire supprimés. Dans cette perspective, l’Accord sur la zone de libre-échange continentale
ratifié en avril 2019 apparaît comme une bonne nouvelle pour l’intégration commerciale en
Afrique en général, et particulièrement en Afrique francophone.
