Le déchet, un révélateur des comportements électoraux ? Leçons d’une expérimentation de terrain lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2016 dans la Commune d’Abomey-Calavi (Bénin).

Abstract

Les déchets constituent un marqueur de la vie de l’Homme et de ses activités. Ce principe est-il applicable aux activités politiques ? En d’autres termes, le gisement de déchets issu des manifestations politiques peut-il être un révélateur de la sociologie des élections. Tel est le questionnement au cœur d’une expérimentation de terrain réalisée pendant la campagne du premier tour de l’élection présidentielle de 2016 au Bénin. La méthode utilisée est basée sur l’observation et l’analyse directe des déchets issus des meetings grand public de cinq principaux candidats. Les résultats ont révélé que le gisement de déchets issus des meetings électoraux est composé principalement de papiers (entre 38 et 75 %) et de restes et emballages alimentaires (6 et 36 %). La proportion de ces deux types de déchets révèle des stratégies de mobilisation et de conquête de l’électorat. Les meetings des candidats ayant mis l’accent sur leur programme ont généré plus de déchets papiers. A contrario, ceux des candidats ayant adopté une stratégie de « proximité » ou du « ventre » ont plutôt produit plus des déchets d’origine alimentaires. Les meetings des candidats ayant adopté une stratégie mixte ont produit ces deux types de déchets à parts presque égales. A l’échelle du territoire étudié, le gisement de déchets fait ainsi figure d’un miroir qui donne une image de la sociologie des élections. Mais ce miroir peut être brouillé ou déformé par les pratiques clientélaires, la politique du ventre et le vote ethnique, autant de variables qui sont de nature à rendre les prédictions plus difficiles.

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