« Carl Peters et l’Afrique orientale allemande. Entre mythe, littérature coloniale et prussianisme »
Abstract
Le prussianisme qui peut être défini comme l’exaltation de la Prusse et de la « prussianité » (Preußentum) recherche la prééminence mondiale de la Prusse et fait l’éloge des grands prussiens. Ma thèse de doctorat a montré que les auteurs de littérature coloniale allemande à caractère apologétique se sont appuyés sur l’œuvre de Carl PETERS pour présenter la Prusse comme un Etat qui affiche un dynamisme conquérant.
Cet article s’interroge sur les objectifs que poursuivent ces auteurs lorsqu’ils font allusion à la Prusse en parlant d’un colonialiste non prussien comme Carl Peters. Il ressort de notre analyse que les auteurs n’ont pas trouvé des qualités de prussien à PETERS à toutes les époques.
Les auteurs de la l’époque wilhelminienne, véritables adeptes d’un « esprit prussien traditionnel », se sont appuyés sur l’exaltation de vertus telles que la discipline et la subordination pour refuser de voir en Peters un vrai Prussien. Ils pensaient déjà que la puissance de la Prusse vient de ce qu’elle est une société dite du libertas oboedientiae, discipline fondée sur le concept de la « liberté intériorisée » (Freiheit im Gehorsam), comme le formule plus tard Oswald Spengler, le théoricien le plus connu du prussianisme.
En revanche, à partir de la République de Weimar, son instrumentalisation littéraire valorise le prussianisme dans des sens différents. Les auteurs se conforment aux interprétations néoprussianistes dont l’ambition était de refuser toute forme de passivité vis-à-vis des institutions de la République. Enfin, les auteurs écrivant après 1933 ont utilisé le discours prussianiste pour justifier militarisme et « espace vital ».
