L’EXPRESSION DE L’ANGOISSE DANS L’ÉCART DE V. Y. MUDIMBÉ
Abstract
Parlant des différents courants du roman africain contemporain, Jacques Chevrier nomme les romans de l’angoisse qui, à nos yeux, peuvent être illustrés par les romans de Vumbi Yoka Mudimbé, et en l’occurrence, par l’un des moins connus, L’écart . La singularité de ce roman lui vient de la forte dose de subjectivité qui domine le récit. Le présent sujet ne prétend pas faire de Mudimbé un homme angoissé, car la confusion entre l’auteur du roman et le narrateur intradiégétique n’est pas possible. Il s’agit plutôt d’interroger ce texte, à l’identité générique incertaine, à mi-chemin entre le journal et le roman, pour découvrir la manière dont il peut être le support de l’angoisse qui le traverse de bout en bout. Cette interrogation tient sa pertinence d’un paradoxe : l’écriture de soi passe pour avoir des propriétés thérapeutiques. Qu’il soit autobiographe, mémorialiste ou diariste, l’auteur d’un récit intimiste écrit, entre autres motivations, pour refaire l’ordre en lui-même. Or, L’écart qui est un pseudo journal intime, est un texte profondément marqué par l’angoisse de son rédacteur. L’examen des pistes explorées en vue d’éclairer ce paradoxe donne lieu à diverses observations : contrairement aux récits, soumis à la loi de l’introspection, et qui sont supposés produire une bienfaisance salutaire, L’écart se donne à lire comme un journal dans lequel, l’aventure personnelle et le rapport à l’autre sont vus par le rédacteur lui-même comme un échec ou une impasse. La vie s’y déroule comme un drame intime et le récit porte constamment la marque d’une illisibilité caractéristique de l’angoisse et de l’absurdité. D’où cette perspective d’une écriture intimiste subversive selon laquelle, la littérature n’est pas toujours un dérivatif ou une façon de mieux se sentir. L’analyse du discours, la sociocritique et la psychocritique constituent l’ancrage méthodologique à partir duquel un sens nouveau s’élabore en lien avec les données socioculturelles qui déterminent le texte.
