LE CABRI DE LA DIVINITÉ ADÌKPÓ DU LAC AHEME AU BÉNIN : UNE PROPRIÉTÉ EXCLUSIVE ET ABSOLUE
Abstract
Cet article tente, en partant du postulat que la divinité adìkpó exerce tous
les pouvoirs sur le cabri qui lui est consacré, de ressortir les représentations
sociales et usages liés à cette institution culturelle. Pour y parvenir, la
démarche qualitative combinant l’observation directe, l’entretien individuel
semi-structuré et le récit de vie a été mobilisée ; les outils étant respectivement
une grille d’observation et un guide d’entretien. Par l’entremise de la technique
d’échantillonnage à choix raisonné reposant sur les principes de diversification
et de saturation, 15 interlocuteurs ont été interrogés. Les théories des
représentations sociales, de la maîtrise exclusive et de la maîtrise absolue ont
servi à l’analyse des données empiriques.
Les résultats révèlent que les représentations sociales consacrent le cabri en
étude comme une propriété exclusive et absolue de la divinité adìkpó. Il s’agit
donc d’un cabri qui appartient entièrement à cette entité immatérielle. Cet animal
sacré symbolise, aux yeux des catégories sociales approchées, l’incarnation de
l’esprit d’un mort par noyage dans le lac Ahémé. Ce regard est fondé sur le rite de
transfèrement de l’esprit du mort dans le corps du cabri ordinaire, lequel est
encastré dans les cérémonies funéraires dédiées aux morts par noyade dans le
lac Ahémé. Au-delà de l’usage funéraire, le cabri sert aussi à un usage sacrificiel
pendant les cérémonies d’offrande à la divinité adìkpó ; ce qui pourrait nourrir la
thèse selon laquelle tout part de l’immatériel et revient à l’immatériel.
