La chanson “fon” et “goun” comme source d’information historique : ambitions et limites
Abstract
Jusqu’à une date récente, les chercheurs étaient réticents à utiliser les traditions orales comme sources fiables d’information historique. Dans les genres oraux, la chanson est très peu sollicitée parce qu’elle est regardée avec encore plus de circonspection en raison de la liberté qu’elle prend avec certains événements. Pourtant, dans les cultures fɔn et gun, la chanson est clairement désignée par les traditionnalistes comme le genre où les anciens aimaient consigner les faits les plus importants pour la postérité. Aussi l’article passe-t-il en revue les circonstances dans lesquelles la chanson affiche cette prétention en analysant la chanson comme récit d’événements historiques, notamment à travers les chansons récits de fondation et de migration, les litanies royales et les panégyriques généalogiques, et la chanson comme fait historique, notamment celles qui sont composées par des souverains à l’occasion d’un événement important dont elles deviennent les repères. Les confrontations entre sources orales et avec des sources écrites pourraient leur conférer un peu plus de crédibilité. Mais la forme lapidaire qu’adoptent certaines pièces, la liberté qu’elles prennent parfois avec la chronologie des faits, le morcellement de l’information inhérent à tout souci de précision, l’absence de repère temporel chiffré, l’engagement personnel des auteurs induisant une grande part de subjectivité pourraient être des limites aux ambitions historiques de la chanson. Mais l’application des mêmes règles de vérification qu’aux autres sources pourrait lui apporter assez de fiabilité et lui faire jouer le rôle qu’elle ambitionne de jouer dans la reconstitution de l’histoire des peuples de tradition orale.
